MESSAGE N° 8, le : 04/06/2005

Il faut vous dire que la dernière fois, à Sinop, je n’en avais pas fini avec la Turquie… Et puis aussi, vous croyiez que vous alliez échapper au récit de mes folles aventures entre Istanbul et Sinop… Que nenni, jeunes et moins jeunes gens... Que nenni !

 

Je reprends donc où je vous avais laissé, c’est-à-dire à la fin de l’avant dernier message… Et que fais-je lorsque j’ai fini de rédiger le message ? Eh bien je sors du cybercafé où je viens de passer deux, voire trois bonnes heures à vous écrire un mail que la plupart d’entre vous ne liront pas… (Et vu la longueur des machins, je vous comprends !). Donc, en sortant du café Internet, je tombe sur Max, le français rencontré à l’auberge de Bucarest et qui m’avait parlé des petits suisses. Je le croise comme ça, par le plus grand des hasards, sur le pont de la Corne d’Or (la Corne d’Or est l’embouchure d’un fleuve qui sépare la ville en deux, outre le détroit lui-même). Il venait de m’envoyer un mail me donnant rendez-vous à deux pas de là une demi-heure plus tard mais je ne l’avais pas reçu. Résultat, c’est un miracle si nous nous croisons sur ce pont, à cette heure-ci, dans cette ville de plusieurs millions d’habitants. En plus, il avait aussi donné rendez-vous aux deux suisses : Nico et Florian. C’est comme ça que je les retrouve le soir même. Nous passons une excellente soirée tous ensemble. Max nous propose de venir chez lui, le lendemain en fin de journée, de l’autre côté du détroit, à Kadiköy (en Asie donc), afin d’assister à la finale de la coupe de Turquie entre Galatasaray et Fenerbahce, dans un bar avec lui.

 

Le lendemain matin, alors que nous prenons notre petit-déjeuner devant l’auberge des suisses (aussi peuplée d’espagnols sympas, fans des Beatles), la télé nationale, NTV, vient nous interviewer. Leur but est de savoir si, en tant que touristes, nous n’avons pas eu trop de mal à trouver un hôtel malgré l’approche (dans 2 semaines tout de même) de la finale de la Ligue des Champions. Ce à quoi nous répondons par la négative… Le soir même, nous sommes de l’autre côté et, en ce qui me concerne, pour la première fois sur le continent asiatique. Le match ne répond pas forcément à nos attentes puisque, par solidarité avec Max, nous supportons Fenerbahce… Résultat : 5 à 1 pour Galatasaray… Dur ! Dur ! Pour le gars Max… Nous dormons ensuite chez lui. Je repars le lendemain matin en direction de l’Est non sans avoir remercié mes hôtes et donné rendez-vous à mes petits suisses en Iran…

Istamboul - Batumi : En Turquie, la Côte = les côtes...

En sortant d’Istanbul, je m’égare un peu. Je plaide non coupable monsieur le juge car la carte routière achetée à Sultanahmet, le quartier de touristes où je créchais, est la carte la plus pourrie qui soit. Je n’ai jamais vu ça… La plupart des patelins n’y figurent pas, les distances sont fausses, certains villages semblent sortir de l’imagination de Tolkien, et les rivières… N’en parlons pas (les rivières c’est pour savoir si ça monte ou si ça descend…). Bref, je ne me suis pas vraiment égaré mais, à cause de cette carte de daube, je fais un petit détour qui me permet, je le reconnais, de découvrir de très beaux paysages et de jolis petits villages dans les environs d’Istanbul.

Après une première soirée à environ 70 kilomètres d’Istanbul, hébergé par une famille et ses deux fils, je repars vers la côte. Ma carte aidant, je n’avance pas vraiment beaucoup et n’atteins, le soir même, que la ville de Kandira. Sur place, je tape le foot avec des professeurs dont certains enseignent la théologie. J’ai aussi la joie de trouver une table de ping-pong. Après le match, un professeur de mathématiques m’invite chez lui et c’est là que je passe la nuit.

Le lendemain, je repars pour Karasu, vraiment sur la côte cette fois-ci (alors que Kandira est encore un peu dans les terres). Ma carte fait encore des siennes et les indications contradictoires des turcs rencontrés au fil de la journée ne m’aident pas. D’ailleurs, et j’ouvre là une parenthèse… D’ailleurs, disais-je, c’est un des trucs qui me saoulent (gentiment, tout de même) avec les turcs… En effet, quand je leur demande un renseignement géographique ou, plutôt, une confirmation de ce qu’il y a sur ma carte (de merde), ils me prennent la carte des mains et me désignent exactement ce que je sais, c’est-à-dire là où l’on est, et je ne suis pas plus avancé. En gros, ils croient que je ne sais pas lire une carte alors que ce sont eux qui ne savent pas les faire ! Bon, je plaisante, mais quand on a quelques kilomètres en trop dans les jambes c’est toujours un peu lourd… M’enfin !

 

Bref, je voulais prendre une route secondaire que je n’ai jamais trouvée… Un peu comme David Vincent… Mais, finalement, je me retrouve sur une piste de terre longeant la côte sous un beau soleil et c’est drôlement joli. J’arrive sur Karasu en fin d’après-midi. J’y rencontre des ados qui me prennent littéralement en main. Je dors finalement chez l’un d’eux après que nous eussions passé la soirée autour d’un bon repas, d’un bon verre et la guitare. Je dois d’ailleurs vous faire une confession… Et là, je mets directement en cause mes petits suisses : j’ai repris le Coca-Cola en entrant en Turquie. Pour excuse, sachez qu’en voyage, c’est quand même le plus pratique (après l’eau bien sûr)… Bref, j’ai tenu un an et quatre mois sans boire une seule goutte du délicieux breuvage d’Atlanta, c’est pas mal, non ?

Quoiqu’il en soit, je repars le lendemain en direction d’Eregli, une ville portuaire (comme toutes celles que j’allais être amené à traverser les jours à venir) où je gratouille un peu le long de la promenade locale, gagne quelques sous et, surtout, photographie mes premiers dauphins de la Mer Noire. Je me remets ensuite en quête d’un hébergement et me fais inviter par un étudiant dans ce qui semble être une sorte de résidence universitaire de théologie… Vous pouvez m’imaginer au milieu de ces forts sympathiques jeunes gens, tous en train de me poser pleins de questions menant vers la religion… Je ne m’en tire pas trop mal. Pour finir, nous faisons une séance photo durant laquelle ils réussissent à me faire enfiler un turban et me laissent ensuite me coucher.

Le lendemain, je repars vers Zonguldak par une route relativement montagneuse. Bon, on m’avait prévenu… Ceci dit, ça ne retire rien à la montagnosité[i] (néologisme, docteur Jérôme ?) de la route et de la région. Au bout d’une cinquantaine de difficiles kilomètres, en fin d’après-midi, je suis à Zonguldak. J’y gratte quelques sous de guitare et fais la connaissance d’un étudiant musicien qui m’invite à dormir chez lui. Le soir, nous sortons avec son colocataire et nous rendons au festival musical de son université. En rentrant, il me montre quelques chansons turques que j’enregistre avant d’aller me coucher. [i] montagnosité : Substantif du caractère montagneux d’un lieu.

Le jour suivant, deux choses ; la première : les interminables et difficiles montées/descentes en sortant de Zonguldak (qui ne fait pas partie de la famille de Goldorak, Nico, j’ai vérifié…), et la deuxième : la rupture totale et irréversible, en son milieu, de mon boîtier de pédalier (de merde, donc, puisque acheté deux semaines auparavant à Burgas, en Bulgarie... A croire que les fabricants de cette crotte sont les mêmes que les éditeurs de ma carte routière..). J’ai donc besoin d’en acheter un autre. C’est dommage car celui là m’avait l’air correct. Je veux dire par-là qu’il tournait bien…

 

Au rang des nouveautés, je roule de nuit pour la première fois, afin de sortir de la ville de Bartin. Mon gilet réfléchissant et mes lumières ainsi qu’un trafic proche de zéro et une lune presque pleine me garantissent une sécurité absolue… Bon, pas absolue mais presque… Bon, d’accord j’ai failli me gaufrer menu menu quand je me suis pris des graviers au sortir d’un virage en descente… Bon, je me suis finalement gaufré dans le bas-côté, toujours dans les graviers et toujours dans la descente… Mais bon, plus de peur que de mal… Et la guitare a miraculeusement survécu… Alors ? Que demande le peuple … ? Rassure-toi maman, je suis prudent.

Je dors ce soir-là dans mon hamac, sous un abri à côté d’un pressoir à farine. Le lendemain, je me rends à Cide. Le schéma de la route devient INVARIABLE : montée, route de corniche, descente pour passer au dessus d’un ruisseau, remontée, re-route de corniche, redescente, tout en bas cette fois pour passer dans un village et, accessoirement, au dessus de la rivière qui vient se jeter dans la mer par ici… et on recommence… Sur la carte ça n’a pas l’air, mais on fait beaucoup de kilomètres comme ça. À Cide je me pose de nuit, en pleine pente, à la belle étoile. Le lendemain, au réveil, un panorama magnifique m’attend.

M’attend aussi ce qui doit être, d’après ma carte de daube, la journée la plus dure, rapport aux montées descentes. Je ne sais pas si c’est l’entraînement ou quoi, mais ça se passe globalement (lentement aussi) plutôt bien. Et le soir, j’ai fait mes 90 bornes. L’ingénieur d’un chantier d’Ozluce m’invite à dormir. Inévitable séance guitare, repas et photos avec les ouvriers du chantier et je me retrouve dans un petit bungalow pour moi tout seul, mieux traité que le reste des ouvriers dont j’ai entraperçu les dortoirs pas tip top… Enfin, je ne vais pas me plaindre, mais je me sens un peu gêné.

Le lendemain, une étape un peu plus facile, comprenez : un peu plus plate, m’attend. Néanmoins, le soir, en prenant un raccourci que tout le monde me déconseillait, je me retrouve pris dans un orage, mais un truc de malade… Imaginez un gros coup de chaud, du vent, des nuages noirs qui sortent de nulle part, tourbillonnant, à une cinquantaine de mètres devant vous, la pluie qui sort du même nulle part que les nuages et le tonnerre ! Impressionnant ! Heureusement, je suis à ce moment-là dans une petite communauté, quelques maisons, une mosquée, et je peux donc m’abriter. Un gars qui a vécu dans l’est de la France pendant 30 ans, Ayri, m’invite à dormir chez lui.

Le lendemain, je me rends à Sinop. Cette journée est assez difficile pour moi car je suis un peu vidé physiquement. Pourtant, en fin d’après-midi je suis sur place. Trois jours pour recharger les accus et me voilà reparti, non sans avoir donné une interview télé à une agence de presse la veille de mon départ. Il faut dire qu’un gars qui grattouille sa guitare le long de la promenade locale avec un vélo à ses côtés c’est pas banal… Surtout quand il est en route pour Shanghai et qu’il vient de parcourir 4350 kilomètres.

Le soir même, je me trouve à Alaçam après une étape plutôt plate et une centaine de kilomètres parcourus. J’y campe sur une colline avec vue sur les champs environnants.